Un petit coin de parapluie contre un coin de paradis.

Ce matin après avoir eu la joie d’entendre quelques paroles de Brel :Les remparts de Varsovie, je mis mes écouteurs sur les oreilles, et m’apprêtais à affronter la pluie pour me diriger vers mon travail devenue presque quotidien.

Je me promenais les yeux vagabondant à la recherche d’une vision qui ferait mon bonheur pour la journée. Je voyais bien les vitrines se remplir, l’odeur du pain chaud s’évaporant dans la rue, les terrasses de café clairsemées de jeunes gens bravant la pluie afin d’aspirer leur précieuse fumée nicotinée…mais aucune image ne venait s’imprimer en moi.

C’est alors que bientôt, quelques mètres avant mon entrée dans la bibliothèque, j’eus une vision auditive. Alors que j’avais rangé mes écouteurs pour entendre le murmure de la faculté, c’est une autre chanson qui prit place. Encore un grand : Brassens ! « Un petit coin de parapluie, contre un coin de paradis… »

Et aujourd’hui c’est un cris de colère que je vous soumets. Aujourd’hui je serai un homme révolté, révolté contre … les baleines de parapluies articulées. La miniaturisation n’a pas lieu que dans le monde du numérique. Depuis quelques années, les parapluies ce sont rétrécies, plus moyen d’en partager un bout, c’est NOTRE abris et rien qu’a nous. Oh bien sûr, parfois un amis se propose de vous céder un peu d’espace, mais remarquez bien que cela ne dure jamais très longtemps. Vous finissez par plier, car vous mêmes, êtes courbé pour que sans trop vous rapprocher de celui qui vous le tend, vous puissiez conserver vos cheveux au sec. Et ainsi vous finissez par vous écarter, fatigué par cette contorsion. Observez dans la rue, les parapluies non content d’être de plus en plus petit prennent une forme particulière, une forme de bulle. On s’y réfugie comme dans un cocon, ils les ont même fait transparents, pour que même vos yeux soient protégés du monde extérieur.

Un auteur (sans doute un psycho-sociologue, je retrouverai sont nom) avait élaboré un modèle théorique à base de bulles. Il postulait que nous vivions chacun dans une sorte de bulle plus ou moins hermétique. Celle-ci, pouvait fusionner avec d’autres bulles individuelles, et constituer une grande bulle (les quelques notions de psychologie des groupes que j’ai acquises, m’amènent à penser que plus le nombre de fusion entre bulle est importante plus cette bulle est hermétique). Mais à présent ce n’est plus une bulle symbolique que nous nous trimbalons, c’est une bulle physique (écouteurs, smart-phones… (j’observe, d’ailleurs, en ce moment même un couple, dont l’un des membres a sortis ses écouteurs et son portable, les yeux rivés sur celui-ci, il s’est absenté de la relation (paradoxe, il dit à sa chère et tendre « excuses moi de t’écouter plus que tu ne m’écoutes »))), nous garantissant contre les « agressions » extérieurs.

D’autres éléments montrent la disparition des proximités. Ouvrez l’œil, dans les gares, les bus, les salles de ciné, tous les lieux où l’on trouve des bancs. La plupart de ceux-ci sont occupés à moitié, on a en général une personne assise, une place vide (quand on y trouve pas un sac ou un manteau), et une autre personnes assise (il y a eu des études la dessus il me semble), (le garçon du couple, toujours son casque sur la tête (notons que le casque est de plus en plus fréquent, toujours plus insonorisé), effectue une manœuvre pour, malgré tout conserver le lien).

C’est assez étonnant quand on y pense, observez à présent un parking de supermarché, celui-ci est quasiment vide hormis une petite dizaine de voitures rassemblées dans un coin, globalement, l’instinct grégaire prend le pas et on se gare plutôt à proximité des voitures ainsi rassemblées (là encore y a surement eu des études là dessus).

Du coup je n’ai pas vraiment de conclusions (et puis il va falloir que je me mette au travail), je ne peux que vous conseiller d’écouter ou de réécouter Brassens Le parapluie , pourquoi pas aussi Les remparts de Varsovie de Brel.

Désolé, ce n’est pas aussi romancé que d’habitude, je pensais avoir trouvé un thème qui m’aurais emmené vers un truc un peu rigolo, mais en fait non.

PS : 1) L’auteur que je cherchais concernant les bulles est Edward T Hall, qui a travaillé sur la proxémie.

2 ) N’ayant pas retrouvé les études sur l’occupation des places assises dans l’espace public, si vous avez quelque chose là dessus, je suis preneur.

3 ) Désolé pour les parenthèses de parenthèses, ce n’est pas quelque chose de communément admis, mais je n’ai pas trouvé de signe de ponctuation meilleurs (Tom Wolfe l’auteur de Bloody Miami aurait récemment inventé un nouveau signe de ponctuation, permettant de différencier le récit de la voix intérieur, ce signe aurait l’apparence du : mais avec trois points (et comme nos claviers ne sont pas encore équipé…). Je ne l’ai pas lu alors je ne pourrai vous le conseiller ou pas)

(Le petit couple, ne semble pas souffrir des écouteurs du jeune homme, ils viennent de se regarder amoureusement, longue vie à eux ! )

Au fait, je fais pas une fixette sur eux, c’est juste qu’ils sont en face de moi !!

Cam et Léon

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