Je ne pensais pas vivre ça.

Tu sais… Hier, j’ai pleuré.

-Ah…

– Je regardais une connerie, et je suis tombé sur une sorte de promo pour un film sur la marche des beurs… Tu sais, j’avais pas pris la mesure de ce qui ce passe. Tu sais…la guenon, le bébé singe, la banane… le racisme… J’avais pas pris la mesure de ce qui se jouait. Je ne pensais pas vivre ça. Je me suis souvenu. Lorsque j’étais enfant, je jouais, je riais, j’échangeais. Ni la langue, ni la couleur, ni l’age, ni quoi que ce soit n’importait. Oh… au début j’ai bien dû demander à mes parents, qui sont ces gens là, qui parlent bizarrement, et pourquoi cette couleur, pourquoi ne sont-ils pas comme moi ? Et qu’ont-ils répondu ? Je ne sais pas, mais j’ai joué avec eux, j’ai sans doute voulu leur parler… pourquoi me suis-je aventuré là dedans ? J’avais, où ils avaient, sans doute un ballon ou quelque chose comme ça avec lequel il est plus rigolo de jouer à plusieurs. Et je me suis souvenu de ces mômes que plus tard sans doute on a voulu tenter d’exclure du jeu parce qu’ils n’étaient pas bon, ou pas sympa, ou bizarre… Et je me suis souvenu, en rentrant chez moi, de la peine que ces exclus avaient dû ressentir. Et je me suis souvenu de la peine que j’ai dû ressentir lorsque moi même on m’a exclu d’un jeu pour quelque chose que je ne pouvais pas changer. Et je repense à ces gamins que j’ai vu curieux, heureux, inquiet parfois, de rencontrer d’autre enfants qui ne sont pas comme eux. Vouloir jouer au-delà de la différence. Et je repense aussi, à ces parents plus timides, plus inquiets, moins curieux, mais souvent bienveillant, encourager leur rejetons dans cette nouvelle découverte. Et je revois ce garçon, cette fille leur proposer leur seau pour jouer sur la plage. Je revois aussi, ce vieille homme moustachu guitare à la main, se prendre un coup, puis deux, puis trois, devant un restaurant, emmerdé par une bande de skin parce qu’il était arabe. Je repense aussi, à cette gamine qui jouait avec un noir, arraché à son activité par sa mère : « Non, je ne veux pas que tu joues avec eux « , je revois les yeux de cette Manon…Lucie…ou Marie peut-être… quelle importance ? Et je revoie ce Mohamed, ce Boubakar, ce Jean, ce François peut être… Dans leurs yeux, cette même incompréhension, cette même tristesse. Qu’est-ce qui peut bien se passer dans leur petite tête ? Que sont-ils en train de se dire ? Et je repense, à ces cours d’histoires, on y a découvert la déportation, l’esclavage. Rappelles toi… on comprenait pas, c’était l’impensable possible. Qui a pu faire ça ? Pourquoi ? Comment ? On nous a répondu que des gens ont pensé que certaines vies valaient moins que d’autre. Qu’ils avaient pensé que certains hommes étaient comme des animaux à dresser ou à tuer. Les noirs des singes, les juifs des rats, les pédés à dresser. Et rappelles toi, aujourd’hui, ou hier…ou peut-être avant hier…rappelles toi putain, rappelles toi… Tu sais, mais si tu sais… lorsqu’on était sans haine, sans colère…c’était quand déjà ?

– Bah oui, mais bon…qu’est-ce que tu veux que je te dise? Les choses ont changé, c’est compliqué pour tout le monde. Et puis tu sais, c’est pas les bisounours la vie.

– Oui. Je sais… et j’en pleure.

Léon

Parce que d’autre s’expriment mieux que moi :

-Lettre ouverte à Madame Christiane Taubira, Garde des sceaux Yann Moix. ici

-La chronique de François Morel. ici

– Discours philosophique sur le racisme entre Raphaël Enthoven et Magali Bessone. ici

– Emmanuel Debono : Évitons les pièges du « racisme anti-Blancs ». ici

– Et aussi, parce qu’on peut rigoler. ici

Merci à mon correcteur.

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