À contretemps

Il est 20h, accompagné de mon frère et munis du livre que j’ai acquis pour l’occasion, nous nous dirigeons vers l’un des hauts lieux culturel nantais :le Lieu Unique. Le LU pour les intimes, un clin d’œil à l’usine autrefois habitée sous ces toits. Nous passons cette si particulière porte tourniquet (elle est à motorisation manuelle, de fait, lorsque 2 groupes de personnes l’empruntent, il faut une synchronisation orchestrale pour de ne pas la prendre dans la gueule ou dans le dos), un coup d’œil au panneau d’affichage,  nous prenons connaissance de notre destination, nous dirigeant vers l’ouvreuse qui nous demande de patienter. En attendant nous flânerons parmi la multitudes de livres présents dans cette petite librairie. Rare sont les fois où m’étant enfoncé dans celle-ci,  je ne suis pas ressorti avec un précieux imprimé. Mais ce soir je ne suis pas là pour ça ! Après une rapide revue des ouvrages, nous emprunterons l’escalier qui nous mènera vers cette nouvelle rencontre. Je ne suis pas venu par hasard, c’est cette femme que je veux voir. Je connais sa voix, son écriture, elle est belle, fraîche, vivante et enthousiaste. Son image m’apparait chaque jour de la semaine, du lundi au vendredi.

Ainsi, je vais rencontrer cette femme que je sais jeune, j’avais supposé une petite trentaine d’années (j’avais vu juste). Nous passons donc la porte qui nous sépare de cette rencontre. J’avais prévu de voir ce que j’allais voir et je l’ai vu. Mais il y a une différence entre présupposer ce que l’on va voir et voir ce que l’on voit, et je fus un peu horrifié de ce que je vis. Que de charmante petites têtes blanches. Moyenne d’age 65 ans, moi 26, mon frère 22. Cette jeune femme, qui écrit pour tout le monde, mais qui semble s’adresser plus particulièrement à la jeunesse à capuche, celle qui rit, celle qui vit. Et non, comme un coup d’épée dans l’eau, elle s’adressera à ces anciens jeunes.

Après avoir lu quelques-uns de ces polaroids. Elle nous raconte sa « cuisine », comment on écrit chaque jour une image, comment chaque jour on essaye de faire voir par les oreilles, comment parmi ces 600 écrits on en choisit 90 pour un recueil, pourquoi celui-ci et pas celui-là ?

Puis vient comme toujours, le moment des questions…silence……..y’en a bien un qui va se lancer…. on attend……Bon aller zou, je me lance :

– Bonjour, ce n’est pas à proprement parler une question mais plutôt un retour d’expérience. Lorsque je vous écoute, en général je fais la sieste. Et lorsque j’entends le polaroid, bien souvent j’ai les yeux fermés… ce qui me pose problème, c’est qu’en l’occurrence, ici, c’est un livre. Comment vais-je faire pour vous lire les yeux fermés? (Quel charmeur ce Léon – off, non – Si, si t’es un petit charmeur – Mais non, c’est quelque mot collés ensemble, rien d’exceptionnel – Mais, si si, t’es un beau gosse- Bon d’accord ! 😉 ) ( d’un autre coté, je l’avais préparé quelques heures plus tôt, c’est pas sorti comme ça, mais laissez mon interlocuteur imaginaire, imaginer mon talent).

– Ah… euh.. Déjà, je suis assez heureuse que l’on m’écoute les yeux fermés. Bon, par contre votre question m’intéresse. Il va falloir qu’on trouve une solution, mais en tout cas j’aimerai bien que lorsque vous aurez trouvé vous me tenez au courant.

– Ok, on fera ça, je vous dirai.

J’ai à peine parcouru le bouquin, je ne sais pas encore totalement ce que je lui répondrai à cette jeune dame. Il n’est pas impossible au final que mon mode de lecture de ces images, soit en lien avec le titre de l’émission. Il n’est pas impossible non plus qu’à la lecture une empreinte ce crée, qu’il suffit de révéler les yeux fermés. Comme un film, qui prend une emprunte qui se révèlera plus tard. Mais finalement à l’inverse car, d’après les propos de Warhol restitués par Didi-Huberman, le polaroid permet de « jouir aussitôt », à contre temps de ma lecture sans doute.

Bref, je sais pas bien pourquoi je raconte ça. Le récit d’une rencontre parmi d’autre. Rien de particulier. Peut-être pour faire la promo d’une émission exceptionnelle. Pas tant dans son contenu que dans son ambition, celle de suspendre le temps pendant 3 minutes. L’ambition de faire vivre une image à la radio. Il n’est pas impossible non plus que ce soit cette émission qui m’ai donnée envie d’écrire.

Merci à Marie Richeux.

Léon

Un peu plus ?

– Pour lire les Polaroids c’est ici. (J’ai découvert ce site assez récemment, je n’ai pas encore commandé là-bas, mais le projet a l’air sympa. Privilégions donc les libraires qui savent causer de livre.)

– Pour écouter les polaroids, c’est par ici et tous les jours sur France Culture vers 16h15.

– Le blog de cette voix est ici.

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