Les trois mousquetaires.

Ils avaient douze ans.

Ils venaient de faire une heure de sport, dans la salle municipale de leur petit patelin. Cyril avait un peu mal au genou, un faux mouvement pendant une immobilisation au sol. C’était Laura qui l’avait maitrisé. En réalité il s’était laissé faire car secrètement amoureux de celle-ci. Elle était belle d’ailleurs cette fille. Elle avait un ou deux ans de plus qu’eux. Cela contribuait sans doute à la rendre plus désirable, pour Cyril, Emmanuel, et peut-être François. François était réservé et parlait peu de ses émois. Il se souvient qu’il y a quelques années cherchant une oreille attentive et des paroles encourageantes il s’était confié à son grand frère. Ne résistant pas à un bon mot, il s’était un peu moqué de lui. François avait conservé de cette expérience une extrême pudeur concernant ses sentiments. Emmanuel, lui était le rigolo de la bande, une grande répartie qui lui valait l’admiration de ses amis. Ils se rappellent d’ailleurs, qu’une fois, ils étaient tombés sur un autre groupe de jeunes qui les avaient insultés : «Et oh, les connards vous n’avez pas un petit truc à nous donner, et oh…connard, c’est à toi que je parle, fils de pute». François et Cyril qui sont de bons judoka auraient sans doute pu gérer l’affaire (en tout cas le croyaient-ils), mais Manu les avaient mis KO par les mots : «Et bien, mon ptit loup, tes parents t’ont laissé sortir aujourd’hui… et qu’est-ce que tu fais…t’as pas d’fraiche pour t’payer c’que tu veux ? Pourtant ta daronne..c’est pas faute de bosser, on l’a croisé sur un trottoir hier soir… Et toi, r’garde comme t’es sapé, ton père choure toujours des fringues à la DDE à c’que j’vois. T’a racketté ta ptite sœur pour avoir son vélo dis donc ? Et Marco…y parait que t’a voulu tenté ton coup avec Sophie (oui, tu vois je sais plein truc ), comme un grand t’as demandé à sa copine de lui demander… ah…c’est vraiment pas mal, dommage que tu te sois pris une grosse bâche dans la tronche. Pas facile la vie hein ? ». A bien y réfléchir, il n’avait peut-être pas permis d’éviter la bagarre, mais quel génie tout de même !

Donc Manu, François et Cyril sortaient du Judo et avaient une petite idée en tête, ils n’avaient pas que des kimonos dans leur sac. Ils étaient libres de la sortie de la salle, à l’arrivée dans leurs maisons respective, 15 minutes d’habitude. Cette fois, cette liberté durera sans doute plus longtemps. Ils longeaient le crédit agricole et tentaient de ne pas trop trainer malgré le léger boitillement sur-joué de Cyril. Ils voulaient gagner un peu de temps sur leur forfait et savaient exactement où commettre leur crime, la «Maison natale de Sainte mère Théodore». Le jour s’assombrissait peu à peu. Manu, François et Cyril pensaient chacun, que pour ce qu’ils avaient à faire, il ne fallait pas qu’il fasse trop nuit. Ils empruntaient enfin la rue du point du jour où se situait ce lieu «secret». Ils traversaient le petit chemin de terre, et se trouvaient enfin face à un petit banc entouré de murs en pierre les abritant du vent. François, Cyril et Manu posèrent leurs sac et firent disparaitre leurs mains à l’intérieur. Ils farfouillaient entre le kimono, la ceinture, bouteilles d’eau, … François sortit de son sac un magazine. Une plantureuse brune à demi-nue, des lèvres très charnues, et le sein visiblement bien ferme. Connaissant la timidité de François, il y a peu de chance qu’il eu le courage d’aller l’acheter en kiosque et l’avait donc très probablement subtilisé à son grand frère. Manu, lui, sortie de son panier au trésor quelques cigarettes et un briquet. Cyril, lui avait amené 2 bières aromatisées, des boomerangs. Un vert fluo, un gout très acidulé permettant de masquer l’amertume habituelle de la bière devait permettre à nos trois daltons de gouter ce breuvage sans trop tirer la langue.

Ils étaient là, tout les trois, assis sur ce banc, ils ne parlaient pas trop fort de peur que quelqu’un ne les surprenne dans ce saint lieu. Ils parlaient de leurs amours, de leurs tristesses, même François se laissait aller à la confidence. Ils se forçaient presque à tirer sur cette cigarette, cette tige incandescente de 8 cm. Ils n’aimaient pas ça, ils avaient la tête qui tournait et un peu mal au ventre. Quand à la bière, c’était plaisant mais pas forcement délicieux, à cet âge là, on préfère le sucré… Quand au magazine, il restait sur le coté, aucun de nos trois loubards n’osait le prendre, ça aurait été montrer aux compagnons qu’on est un obsédé et qu’on n’a jamais vu de filles…non, trop la honte. Mais au fond, pour Manu, Cyril et François ce n’était pas vraiment la clope ou la boomerang qui les intéressaient c’était réellement les trésors féminins gardés à l’intérieur de ces pages de papiers glacé. Comment c’est fichu ce truc là, et comment on fait pour savoir comment c’est fichu, comment on fait pour sortir avec quelqu’un ? Comment, dans quel sens on la tourne cette langue ?

Puis la lumière faibli de plus en plus, chacun va retourner à la maison, ils auront bu et fumer (pour grandir), rit (un peu), partagé (beaucoup). Ils rentreront chez eux avec les mêmes questions qu’ils avaient avant, mais ils savent qu’ils se la posent tous les trois.

Demain, il y a école. Voyez ce qu’ils font nos jeunes de leurs jours de liberté ! Ils boivent et ils fument…Heureusement qu’on a posé une barrière devant cet endroit.

Léon.

Merci à mon correcteur.

Le lieu du délit

Le lieu du délit

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