Le jeune

Il a rencontré une fille Lejeune. Il rêve d’une maison, tranquille avec cette femme,  devenue sa femme, d’un chien, d’une Mégane avec des sièges auto. Les grands, les vieux, les adultes, les profs, ses parents disent qu’il rêve Lejeune.  Malgré sa capuche, accessoire indispensable, à la fois pour se protéger du vent, des gens, des regards. Il lui manque des dents au jeune, une cicatrice à l’arcade, stigmate d’une énième bagarre, d’une énième virée avec son équipe comme il l’appelle. Elle veut marquer les mêmes buts son équipe, une femme, un chien, une Mégane avec les sièges auto à l’arrière, tout pareil.

Mais il l’a rencontré cette fille. Ça a commencé par un « Putain t’as vu elle est trop bonne » et puis ça continue par un « T’es trop jolie ». Ils sont toujours trop ces jeunes : trop l’sum, trop trash, trop swag, trop con, trop cheum…

Elle occupait le guichet d’une banque, dans laquelle notre jeune passait rarement. À l’occasion d’un rendez-vous avec la gardienne de ses comptes, elle était là, derrière son pupitre, à orienter le jeune, le vieux, l’adulte vers la salle d’attente. Studieusement, timidement, notre jeune s’est laissé conduire vers ces fauteuils bleu, si seulement c’était elle qui le recevait pour faire le point sur ses rentrées d’argent…ça aurait été trop facile. Du coup, non, c’est un jeune cadre dynamique les cheveux bien peignés, du gel « effet mouillé force super béton armé », y a rien qui bouge, même sa cravate semble être imprimée sur sa chemise tellement elle est rigide celle-ci. « Il a ses chances, lui, avec la demoiselle du guichet » pense Lejeune.Avec son jogging, ses vieilles baskets c’est foutu se dit-il. Bref, le rendez-vous terminé avec le pingouin, il retourne rouler sa bosse dans son quartier, mais avant cela, un timide « Bonne journée » avec un demi sourire, « Bonne journée à vous, Monsieur ». Elle l’a appelé « Monsieur » Lejeune.

Quelque jour plus tard, Lejeune se promène. Il passe derrière la banque, elle est là, elle fume une cigarette. « Putain, c’est vrai qu’elle est trop jolie, avec son tailleur, ça lui fait un de ces cul. Jamais, je rencontrerais ce type de meuf moi. T’sais, je sais comment  ça va se passer. J’vais m’approcher pour lui taxer une clope histoire d’engager la conversation. Sitôt qu’elle me verra, elle aura, comme par hasard fini sa cigarette, elle fera semblant de pas me voir et retournera à l’intérieur. Et puis, c’est vrai, c’est normal qu’avec ma gueule je fasse flipper… Probablement que je bats les femmes, que je fais des tournantes  dans les caves, quand j’étais petit je piquais les pains aux chocolats des petits blancs.
Tiens… elle m’a vu et n’est pas encore partie, elle n’a pas encore jeté sa clope. Elle me sourit putain… Qu’est-ce que je fais, j’ai un peu chaud moi…
-Bonjour, monsieur, vous allez bien ?
Oh merde, elle m’a reconnu, en même temps avec ma tronche…
– euh…bonjour ma..madame. Très bien merci.
– Vous profitez du soleil ?
– Oui, un peu. Je me promène…Dite, madame est-ce que vous auriez une cigarette, s’il vous plaît ?
– Vous savez, vous pouvez arrêter les « madames » – dit-elle en reprenant une cigarette puis en lui tendant son paquet – Vous avez du feu.
– Tenez.
– Vous me tenez compagnie pendant ma pause ? J’m’appelle Labanquière.
– Moi c’est Lejeune. Oui, si vous voulez  »

Et puis ils discutèrent quelques minutes, juste le temps de la pause de Labanquière.
– Dites, ça vous dirait qu’on se revoit…

Léon

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Merci à Cyril pour ses corrections.

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